12.20.2006

Jamendo : Free music

7.24.2005

>> Merci à tous

Merci à tous ceux qui ont suivi l'histoire durant ces derniers mois. C'est un travail qui m'a pris des centaines d'heures de sommeil, donc en remerciement, si vous voulez me laisser un message, une critique, une explication, d'autres théories, des dessins, n'hésitez pas à laisser soit un commentaire en bas de cette séquence ou bien envoyez-moi un mail : takahashi@croix-rousse.net

L'ensemble de l'histoire peut être téléchargée sur mon site :

Une bande dessinée directement adaptée de l'histoire est en cours d'élaboration, vous en saurez plus très prochainement sur le site.


Paul Takahashi

7.23.2005

Séq. CXXXXI

Je n’entends plus rien…

J'ai mal...

Mes jambes... Je ne les sens pas... mon corps entier... Je suis là, pourtant. Comme dans un rêve... oui, c'est cela, un rêve...

Je vais descendre à cette station… je crois qu’il s’est arrêté…


Je pousse mon corps hors de la rame à la seule force de ma main désossée. Je rencontre alors un sol humide et mou qui a pour effet d’amortir ma chute. Je reste là un long moment, peut-être une heure, à écouter les battements de ce cœur imaginaire qui aura tenu bon tout ce temps pour faire résonner en moi l’horloge de la rédemption. Je pleurerai sans doute, si j’avais encore un visage.

Que va-t-il advenir de ce lieu ?

Va-t-il s’étendre à d’autre consciences ?

Ai-je survécu en vain ? J’ai presque tout oublié…


L’épais silence entourant la rame a quelque chose de différent à présent… quelque chose de plus serein. Je me traîne lentement vers le bout des rails pour sentir la fin de ceux-ci juste sous mon bras droit. En promenant mes doigts çà et là, j’arrive à comprendre qu’il s’agit ici du dernier arrêt de ce train et que celui-ci ne repartira plus. Me voilà au plus profond de ma coquille spiralée, là où tout commence, à la source.

Le couloir lui-même se termine sur un mur flasque et chaud, presque vivant, comme un prolongement logique de la surface gluante qui forme le sol. Je m’allonge entre celui-ci et la locomotive silencieuse que je devine sur ma gauche.

De là où je suis, j’arrive à percevoir un petit cri provenant de l’autre côté du mur organique. Par réflexe, je tourne ma tête vers celui-ci. Je vois de la lumière !

Je dois vraiment être en phase terminale pour arriver à voir sans yeux.

En même temps, j’ai l’étrange impression d’avoir tourné en rond et de me retrouver à mon point de départ…

En plaquant ma tempe contre la paroi, j’entends des pleurs de bébé qui ont quelque chose de particulier : ils ne sont pas déformés. Je n’entends pas de raclements de gorge desséchée ou de crachats rauques ; non, il s’agit bel et bien d’une vie à part entière.

Derrière ce mur…

Je vais y aller. Je vais l’atteindre.

Je dois gratter cette peau chitineuse qui le recouvre.

Je dois gratter encore et encore.

La lumière s’intensifie.

Plus vite.

Je meurs.

J’entre en scène.




FIN

7.22.2005

Séq. CXXXX

Que vient-elle de dire ?

- Tout dépend de l’issue du combat… tâche d’en prendre compte.

Elle me demande l’impossible… Pourtant, je sais qu’au fond de moi, tant qu’il restera une once d’énergie, je pourrai donner le meilleur de moi. Alors pourquoi abandonner maintenant ?

Je plonge cette fois ma main encore fonctionnelle au plus profond du visage de mon agresseur. Je sens la douleur frapper simultanément sur la paroi interne de mon crâne. Qui s’en soucie encore… J’enfonce mes doigts dans l’orifice humide de son œsophage et tente de broyer ce que je peux encore attraper. En même temps, le sang me monte si vite au cerveau que mes orbites font rouler le blanc de mes yeux de droite à gauche tel un monstrueux balancier. Ses mains me lâchent finalement pour essayer d’extraire celle que je lui ai planté dans la gorge. J’en profite pour le repousser en arrière si bien qu’il tombe à la renverse sous mon poids. Ma tête vient frapper sa cage thoracique que je sais dans le même état que la mienne. C’est alors qu’il attrape mon visage en enfonçant chacun de ses doigts dans chacune des ouvertures offertes et qu’il commence à compresser le tout avec une force formidable.

Tout tremble autour de moi. Je ne sais même plus si nous sommes toujours au sol où si nous nous tenons debout. J’essaie seulement de retirer des phalanges de mes oreilles, de mes narines, de mes orbites avant qu’il ne soit trop tard. Malheureusement, une seule main se révèle inefficace pour espérer éviter le pire.

Il veut remodeler mon visage comme le sien !

Je sens des flots de sang couler de ma tête qu’il compresse comme un citron dont on extrairait le jus. Je n’ai plus aucune image en tête pour décrire la souffrance que l’on endure lorsque l’on est encore en vie dans ces moments-là.

J’utilise mes pieds une dernière fois pour frapper comme un forcené dans ses côtes fêlées. Nous nous écroulons violemment entre deux rangées de sièges, mais cela ce suffit pas à le faire desserrer sa redoutable étreinte.

Je… ne dois pas… me laisser faire…

Il me reste encore un peu… de…


En projetant mes quatre membres dans sa direction, j’arrive enfin à le faire décrocher. Je prends une demi-seconde pour tenter de respirer, mais je ne fais que d’inhaler de l’hémoglobine que je recrache aussitôt. Je rampe en direction du couloir central et me faufile entre les poteaux dans l’idée saugrenue qu’il ne me suivrait pas.

Je parviens à toucher un des strapontins situé près des portes avant de recevoir un terrible coup de pied aussi bien visé que mal intentionné. Je me recroqueville en position fœtale pour éviter d’autres attaques. Peine perdue : ses muscles sont en bien meilleur état que les miens et il n’a aucun mal à accéder à nouveau à mon visage déjà à moitié compressé.

Tout se joue sur la seconde qui suit. Un de mes gestes de panique est si brutal qu’il recule d’un pas en direction de la porte, espérant s’y tenir pour reprendre son équilibre. Sauf que… les portes n’ont jamais existé. L’ignorait-il ?

Son corps est aussitôt coincé entre la paroi du tunnel et le train lancé à haute vitesse. Je peux le sentir à travers la résistance soudaine de la rame et au bruit curieux que ce frottement émet. J’entends un bruit de meule, divers craquements qui se répercutent aussitôt en moi, comme si chacun de mes os était piégé par de minuscules bombes qui seraient reliées au même détonateur. Si je ne le sauve pas de son sort peu enviable, je finirai moi aussi en vulgaire tas de viande.

Le hasard a finalement raison de lui et il vient à disparaître au loin, me laissant quelques os du bras intact.

- Cela---… ----ton avenir -… -----maintenant ----présent…


Je ne comprends plus grand chose de ce qu’elle me raconte. Je ne sais même pas s’il y a vraiment quelqu’un à mes côtés…

Un crissement soudain et une grande force d’attraction me font comprendre que le train se met à ralentir.

J’y suis arrivé…

7.21.2005

Séq. CXXXIX

- Ne te laisse pas faire ! C’est le seul qui puisse réellement te tuer !

Avec le coup que j’ai reçu et ma langue qui baigne au milieu de mon écume bouillonnante, je suis dans l’incapacité même de répondre. Et pourtant, c’est elle qui m’empêche de me laisser mourir : j’ai besoin de ses réponses…

- Ecoute… je te dirai tout… ne le laisse pas t’avoir !

Je m’agrippe aux manches vaporeuses tant et si bien que mon agresseur perd l’équilibre et vient s’écrouler à mes côtés. Ses genoux rencontrent ma cage thoracique broyée et me font expulser une nouvelle gerbe chaude qui part en direction de la tête creuse que je devine non loin de mon propre visage. Je plante mon poignet tranché au fond de sa gorge et le tient ainsi durant quelques secondes avant que sa force n’ait raison de moi. Me voilà projeté quelques rangées plus loin sur une banquette qui flanche sous mon poids et vient s’écrouler sur celle de derrière. J’entends ses pas qui se rapprochent…

Brrrmmm… Brrrmmm…

Le train est lancé à grande vitesse sur les rails rouillés vers une destination inconnue.

- Ta mort, c’est sa libération. C’est sa raison d’être : il tend à disparaître… Si tu lui survis, tu auras droit à une seconde chance. Ne le laisse pas tout gâcher…

Sa main musclée m’attrape directement par la gorge et me soulève comme un vulgaire sac en plastique. Cette fois, la situation devient extrêmement préoccupante. Je n’ai plus aucune force… Et c’est à moi qu’il incombe de le tuer. Un petit souvenir surgit alors de ma mémoire… Celui de la Reine Rouge qui disait à Alice que pour rester sur place dans l’échiquier, il fallait courir du plus vite que l’on pouvait ; alors que pour avancer, il fallait courir au moins deux fois plus vite. C’est le moment ou jamais de mettre en pratique ces paroles insensées…

Un pied dans le thorax, un autre dans le gouffre de la tête. Le voilà aussi surpris que moi devant un tel sursaut d’énergie de ma part. Tout n’est pas perdu ! Il fait l’erreur de me laisser tomber sur le sol, ce qui me permet d’agripper un de ses mollets cadavériques et de frapper dedans pour tenter de le casser entre mes bras.

- Je ne voulais pas que tu vois l’accident parce que j’avais peur que cela te rende fou… Cela m’aurait séparé de toi, et j’aurai moi aussi été condamnée à l’immortalité…

Une poigne très ferme m’attrape par les cheveux et me fait hurler par la même occasion des mots si déformés par l’absence de mâchoire inférieure que je ne les comprends plus moi-même. Il me lance ainsi en direction de la dame en noir, de l’autre côté de la rame. J’atterris lourdement sur un angle de banquette qui vient s’enfoncer dans une de mes omoplates. L’homme du train avait raison… la douleur est sans limites. Mais il faut pouvoir la surmonter, quelle qu’elle soit. Je me laisse glisser sur le revêtement rugueux du plancher, dessinant une traînée huileuse semblable à celle d’une limace sanguinolente.

- Je ne peux pas t’aider…

Voilà encore des paroles rassurantes. Je commence à me détacher de la scène… Je perds le combat, c’est indéniable : il ne faut pas être un devin pour le constater… Je ferai mieux d’admettre ma défaite.

Je vais enfin mourir.


Je sens ses bras m’agripper et me hisser à nouveau à quelques centimètres du sol. Son silence laisse présager le pire. La moiteur qui se rapproche ressemble bien à celle de la paroi intérieure de son crâne… Je n’ai plus qu’à prier pour que tout aille vite et que ce monde s’écroule quand je franchirai les portes de l’Au-delà…

- Tu ne peux pas faire cela ! Il y a une autre vie en jeu !

7.20.2005

Séq. CXXXVIII

- Je n’ai plus rien à te dire ! Tu as trouvé tes propres réponses…

- Tu… tu savais très bien ce qui allait arriver lorsque j’ai ouvert les portes. Pourquoi m’as-tu laissé faire ? Qui était la fille qui m’appelait papa ? Et pourquoi avoir voulu me cacher l’accident ?

- Quelle importance ? Tu n’es plus rien à présent. Pour moi, tu es devenu rien de plus qu’un souvenir.

- Ce n’est pas possible… tu fais partie de… moi… tu disparaîtras avec moi…

Un claquement sec suivi d’un grincement me fait comprendre que le train reprend sa route. L’oreille collée au sol, j’entends la résonance des roues d’acier qui crissent sur les rails. J’entends aussi les pas de mon interlocutrice qui tente d’éviter tant que possible tout contact physique avec de qui reste de moi.

- Mais sais-tu vraiment qui est « moi » ? Et si tout cela était faux ? Et si c’était toi qui n’était qu’une hallucination de mon propre esprit ? Si tu n’étais qu’une image résiduelle, comment le saurais-tu ?

- Tu cherches à m’embrouiller… Je sais encore distinguer mon propre esprit de…

- Cogito ? Je pense donc je suis ? Comment peux-tu définir la pensée de quelqu’un qui l’a brisée sous le coup de la folie ? Qu’est-ce qui te permet de croire que tu existes ?

- Je sens ma vie m’abandonner… C’est donc bien que je suis en vie ?

- Mais personne n’a le loisir d’avoir une vie ici-bas ! Ce qui nous est accordé, c’est un état théorique… Nous sommes les formules de l’inconscient.

- Alors pourquoi… toute cette souffrance ?

- Justement pour se bercer dans l’illusion que nous sommes en vie…

C’est à présent tout le désespoir du monde qui englobe sa dernière remarque. « Je préfère à l’amertume de l’oubli/L’étrange goût du supplice », disait la comptine….Je roule pour me poser sur le dos et faciliter ainsi ma respiration. Le monde du dehors doit tourner si vite… la rame file à grande vitesse.

- Ceci dit, je ne crois pas que tu sois vraiment de la même essence que nous.

- Qu’est-ce qui… te fait dire cela ?

- Il ne s’acharnerait pas sur toi de cette manière.

Quelques longues secondes s’écoulent durant lesquelles j’essaie de comprendre ce qu’elle vient de me dire. Des bruits de pas provenant de l’autre côté de la rame retiennent alors mon attention. Ils se rapprochent de moi plutôt lentement. La femme apeurée hurle alors depuis sa cachette.

- Débarrasse-t-en tant que tu le peux encore ! Il sera bientôt trop tard !

À qui parle-t-elle ? Toujours est-il que je fais de mon mieux pour relever mon dos en le faisant glisser sur une des parois lisses des banquettes. En tendant une main fébrile vers l’individu qui est apparu devant moi, j’arrive à sentir le creux de son visage retourné baver sur mes phalanges. En faisant glisser mes doigts, j’arrive aussi à réaliser que ses vêtements ont changé. A présent, deux longues manches recouvrent ses bras décharnés.

Un coup de poing, et c’est ma maxillaire inférieure qui quitte mon visage.

7.18.2005

Séq. CXXXVII

Je dois trouver les rails. J’irai jusqu’au bout…

- Allez, montre-toi à présent ! Montre-toi ! Montre-toi…

Je m’essouffle si vite que je dois m’arrêter dans mon élan pour faire ressortir quelques morceaux de mon propre corps en crachant par terre.

- Où es-tu…

Brrrmmm… Brrrmmm…

La rame est sans doute le seul chemin possible, puisque je rampe sur mon dernier souvenir. Qu’est-ce que je garde de mon passé ? J’aimerai pouvoir l’effacer tant que je le puis encore… mais je sais que l’asile l’a déjà assimilé, à moins que ça ne soit l’inverse ; dans tous les cas, mon œuvre viendra nourrir l’imaginaire des peurs collectives…

J’ai si mal…

Je crois que le bruit vient de quelque part sur la gauche. En suivant du bout de mes doigts brûlés ce qui doit être un tuyau de canalisation, j’arrive finalement à un virage en angle droit qui laisse présager une intersection de deux couloirs perpendiculaires.

Une dernière fois, je laisse mon instinct me guider vers la bonne direction. Le bruit de soupape paraît cependant assez lointain. Il doit se trouver en bas d’une volée de marches… Il fait écho avec mes tempes surexcitées qui font jaillir le sang sur ma peau transpirante. Je n’ai plus la force suffisante pour permettre à mon corps de se régénérer. Je le laisse se vider dans les étouffants retranchements de mon propre esprit…

Sous mes doigts, une marche d’escalier.

L’insipide son de moteur enroué doit provenir de tout en bas… N’ayant jamais eu l’occasion de descendre des marches allongé sur le sol, je crois que c’est l’occasion ou jamais. Cela dit, ce n’est peut-être pas une bonne idée de faire passer la tête en premier. Je commence une rotation latérale quand mon pied gauche dérape soudainement sur la première marche et m’entraîne dans sa chute.

Je ne croyais pas que j’aurai pu être en plus mauvais état que je ne l’étais déjà, mais la longueur de l’escalier m’a convaincu du contraire. Chaque angle pierreux vient frapper mes vertèbres fissurées pour les broyer en menus morceaux avant de faire la même chose avec ma cage thoracique. J’ai beau tenter de m’accrocher, les marches doivent être trop raides pour espérer s’arrêter avant la fin.

Je roule encore et encore dans l’escalier qui me semblerait sans fin si je n’avais pas le bruit qui se rapproche comme repère auditif. Je n’ai même plus la force de crier.

Choc.

Je suis tout en bas…


Mes bras… je peux encore bouger mes bras…

Brrrmmm… Brrrmmm…

Un mètre tout au plus me sépare du wagon qui m’attend. Je me hisse courageusement sur un sol caoutchouteux qui confirme mes espérances : je suis enfin dans le train.

- Je sais que tu es là…

- Pourquoi m’as-tu suivi jusqu’ici ?

- Pour avoir des réponses…

Je ne sais pas comment cela est possible, mais j’arrive à voir sa peur, même à travers mes orbites ruisselantes.