Séq. CXXV
…
Suis-je…
Encore là…
Il fait chaud…
Ma peau… me brûle…
La voiture est en feu ! Je dois me détacher !
Mes yeux… c’est atroce… ils sont empalés sur ces minuscules pieux…
Je force mes liens qui finissent par se défaire sans difficulté. Peut-être ne sont-ils plus là… je tâtonne pour retrouver la poignée qui me sauverait la vie. En poussant dessus, la portière elle-même s’écroule au sol dans un fracas de métal. Je m’agrippe à elle pour m’aider à me hisser hors de l’habitacle en ébullition. Je rampe dans la direction opposée, laissant derrière moi le crépitement incessant et la terrible odeur de plastique fondu.
Ce n’est que partie remise ; devant moi naît une autre odeur, bien plus désagréable : celle de la mort. Je n’ai plus d’yeux pour voir la scène, mais je peux aisément me l’imaginer.
Voilà de quoi je suis responsable…
Je n’arrive plus à bouger le dos… Je suis réduit à ramper parmi mes victimes, traînant mon bras mutilé et mes yeux crevés çà et là. Je touche des petits visages, des petites mains, parfois de larges crevasses dans les corps les plus touchés. J’humecte mes lèvres dans leurs fluides qui s’écoulent parfois comme de véritables petites fontaines.
J’aimerai pleurer en cet instant. Pleurer de honte devant l’œuvre de ma vie.
Mais même mes yeux m’ont abandonné.
Je rencontre une petite main froide que je serre du plus fort que je le peux.
- Pardonne-moi…
Comment ai-je pu en arriver là ? J’aurai pu foutre ma vie en l’air tout seul…
- Vingt-huit enfants, douze adultes. Quarante victimes, dont trois volontairement.
La phrase venant de mon dos est ponctuée d’un coup de pied dans ma colonne vertébrale fracturée qui m’envoie tête la première dans une flaque encore chaude.


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