7.18.2005

Séq. CXXXVII

Je dois trouver les rails. J’irai jusqu’au bout…

- Allez, montre-toi à présent ! Montre-toi ! Montre-toi…

Je m’essouffle si vite que je dois m’arrêter dans mon élan pour faire ressortir quelques morceaux de mon propre corps en crachant par terre.

- Où es-tu…

Brrrmmm… Brrrmmm…

La rame est sans doute le seul chemin possible, puisque je rampe sur mon dernier souvenir. Qu’est-ce que je garde de mon passé ? J’aimerai pouvoir l’effacer tant que je le puis encore… mais je sais que l’asile l’a déjà assimilé, à moins que ça ne soit l’inverse ; dans tous les cas, mon œuvre viendra nourrir l’imaginaire des peurs collectives…

J’ai si mal…

Je crois que le bruit vient de quelque part sur la gauche. En suivant du bout de mes doigts brûlés ce qui doit être un tuyau de canalisation, j’arrive finalement à un virage en angle droit qui laisse présager une intersection de deux couloirs perpendiculaires.

Une dernière fois, je laisse mon instinct me guider vers la bonne direction. Le bruit de soupape paraît cependant assez lointain. Il doit se trouver en bas d’une volée de marches… Il fait écho avec mes tempes surexcitées qui font jaillir le sang sur ma peau transpirante. Je n’ai plus la force suffisante pour permettre à mon corps de se régénérer. Je le laisse se vider dans les étouffants retranchements de mon propre esprit…

Sous mes doigts, une marche d’escalier.

L’insipide son de moteur enroué doit provenir de tout en bas… N’ayant jamais eu l’occasion de descendre des marches allongé sur le sol, je crois que c’est l’occasion ou jamais. Cela dit, ce n’est peut-être pas une bonne idée de faire passer la tête en premier. Je commence une rotation latérale quand mon pied gauche dérape soudainement sur la première marche et m’entraîne dans sa chute.

Je ne croyais pas que j’aurai pu être en plus mauvais état que je ne l’étais déjà, mais la longueur de l’escalier m’a convaincu du contraire. Chaque angle pierreux vient frapper mes vertèbres fissurées pour les broyer en menus morceaux avant de faire la même chose avec ma cage thoracique. J’ai beau tenter de m’accrocher, les marches doivent être trop raides pour espérer s’arrêter avant la fin.

Je roule encore et encore dans l’escalier qui me semblerait sans fin si je n’avais pas le bruit qui se rapproche comme repère auditif. Je n’ai même plus la force de crier.

Choc.

Je suis tout en bas…


Mes bras… je peux encore bouger mes bras…

Brrrmmm… Brrrmmm…

Un mètre tout au plus me sépare du wagon qui m’attend. Je me hisse courageusement sur un sol caoutchouteux qui confirme mes espérances : je suis enfin dans le train.

- Je sais que tu es là…

- Pourquoi m’as-tu suivi jusqu’ici ?

- Pour avoir des réponses…

Je ne sais pas comment cela est possible, mais j’arrive à voir sa peur, même à travers mes orbites ruisselantes.