Séq. CXXXVIII
- Je n’ai plus rien à te dire ! Tu as trouvé tes propres réponses…
- Tu… tu savais très bien ce qui allait arriver lorsque j’ai ouvert les portes. Pourquoi m’as-tu laissé faire ? Qui était la fille qui m’appelait papa ? Et pourquoi avoir voulu me cacher l’accident ?
- Quelle importance ? Tu n’es plus rien à présent. Pour moi, tu es devenu rien de plus qu’un souvenir.
- Ce n’est pas possible… tu fais partie de… moi… tu disparaîtras avec moi…
Un claquement sec suivi d’un grincement me fait comprendre que le train reprend sa route. L’oreille collée au sol, j’entends la résonance des roues d’acier qui crissent sur les rails. J’entends aussi les pas de mon interlocutrice qui tente d’éviter tant que possible tout contact physique avec de qui reste de moi.
- Mais sais-tu vraiment qui est « moi » ? Et si tout cela était faux ? Et si c’était toi qui n’était qu’une hallucination de mon propre esprit ? Si tu n’étais qu’une image résiduelle, comment le saurais-tu ?
- Tu cherches à m’embrouiller… Je sais encore distinguer mon propre esprit de…
- Cogito ? Je pense donc je suis ? Comment peux-tu définir la pensée de quelqu’un qui l’a brisée sous le coup de la folie ? Qu’est-ce qui te permet de croire que tu existes ?
- Je sens ma vie m’abandonner… C’est donc bien que je suis en vie ?
- Mais personne n’a le loisir d’avoir une vie ici-bas ! Ce qui nous est accordé, c’est un état théorique… Nous sommes les formules de l’inconscient.
- Alors pourquoi… toute cette souffrance ?
- Justement pour se bercer dans l’illusion que nous sommes en vie…
C’est à présent tout le désespoir du monde qui englobe sa dernière remarque. « Je préfère à l’amertume de l’oubli/L’étrange goût du supplice », disait la comptine….Je roule pour me poser sur le dos et faciliter ainsi ma respiration. Le monde du dehors doit tourner si vite… la rame file à grande vitesse.
- Ceci dit, je ne crois pas que tu sois vraiment de la même essence que nous.
- Qu’est-ce qui… te fait dire cela ?
- Il ne s’acharnerait pas sur toi de cette manière.
Quelques longues secondes s’écoulent durant lesquelles j’essaie de comprendre ce qu’elle vient de me dire. Des bruits de pas provenant de l’autre côté de la rame retiennent alors mon attention. Ils se rapprochent de moi plutôt lentement. La femme apeurée hurle alors depuis sa cachette.
- Débarrasse-t-en tant que tu le peux encore ! Il sera bientôt trop tard !
À qui parle-t-elle ? Toujours est-il que je fais de mon mieux pour relever mon dos en le faisant glisser sur une des parois lisses des banquettes. En tendant une main fébrile vers l’individu qui est apparu devant moi, j’arrive à sentir le creux de son visage retourné baver sur mes phalanges. En faisant glisser mes doigts, j’arrive aussi à réaliser que ses vêtements ont changé. A présent, deux longues manches recouvrent ses bras décharnés.
Un coup de poing, et c’est ma maxillaire inférieure qui quitte mon visage.
- Tu… tu savais très bien ce qui allait arriver lorsque j’ai ouvert les portes. Pourquoi m’as-tu laissé faire ? Qui était la fille qui m’appelait papa ? Et pourquoi avoir voulu me cacher l’accident ?
- Quelle importance ? Tu n’es plus rien à présent. Pour moi, tu es devenu rien de plus qu’un souvenir.
- Ce n’est pas possible… tu fais partie de… moi… tu disparaîtras avec moi…
Un claquement sec suivi d’un grincement me fait comprendre que le train reprend sa route. L’oreille collée au sol, j’entends la résonance des roues d’acier qui crissent sur les rails. J’entends aussi les pas de mon interlocutrice qui tente d’éviter tant que possible tout contact physique avec de qui reste de moi.
- Mais sais-tu vraiment qui est « moi » ? Et si tout cela était faux ? Et si c’était toi qui n’était qu’une hallucination de mon propre esprit ? Si tu n’étais qu’une image résiduelle, comment le saurais-tu ?
- Tu cherches à m’embrouiller… Je sais encore distinguer mon propre esprit de…
- Cogito ? Je pense donc je suis ? Comment peux-tu définir la pensée de quelqu’un qui l’a brisée sous le coup de la folie ? Qu’est-ce qui te permet de croire que tu existes ?
- Je sens ma vie m’abandonner… C’est donc bien que je suis en vie ?
- Mais personne n’a le loisir d’avoir une vie ici-bas ! Ce qui nous est accordé, c’est un état théorique… Nous sommes les formules de l’inconscient.
- Alors pourquoi… toute cette souffrance ?
- Justement pour se bercer dans l’illusion que nous sommes en vie…
C’est à présent tout le désespoir du monde qui englobe sa dernière remarque. « Je préfère à l’amertume de l’oubli/L’étrange goût du supplice », disait la comptine….Je roule pour me poser sur le dos et faciliter ainsi ma respiration. Le monde du dehors doit tourner si vite… la rame file à grande vitesse.
- Ceci dit, je ne crois pas que tu sois vraiment de la même essence que nous.
- Qu’est-ce qui… te fait dire cela ?
- Il ne s’acharnerait pas sur toi de cette manière.
Quelques longues secondes s’écoulent durant lesquelles j’essaie de comprendre ce qu’elle vient de me dire. Des bruits de pas provenant de l’autre côté de la rame retiennent alors mon attention. Ils se rapprochent de moi plutôt lentement. La femme apeurée hurle alors depuis sa cachette.
- Débarrasse-t-en tant que tu le peux encore ! Il sera bientôt trop tard !
À qui parle-t-elle ? Toujours est-il que je fais de mon mieux pour relever mon dos en le faisant glisser sur une des parois lisses des banquettes. En tendant une main fébrile vers l’individu qui est apparu devant moi, j’arrive à sentir le creux de son visage retourné baver sur mes phalanges. En faisant glisser mes doigts, j’arrive aussi à réaliser que ses vêtements ont changé. A présent, deux longues manches recouvrent ses bras décharnés.
Un coup de poing, et c’est ma maxillaire inférieure qui quitte mon visage.


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