7.23.2005

Séq. CXXXXI

Je n’entends plus rien…

J'ai mal...

Mes jambes... Je ne les sens pas... mon corps entier... Je suis là, pourtant. Comme dans un rêve... oui, c'est cela, un rêve...

Je vais descendre à cette station… je crois qu’il s’est arrêté…


Je pousse mon corps hors de la rame à la seule force de ma main désossée. Je rencontre alors un sol humide et mou qui a pour effet d’amortir ma chute. Je reste là un long moment, peut-être une heure, à écouter les battements de ce cœur imaginaire qui aura tenu bon tout ce temps pour faire résonner en moi l’horloge de la rédemption. Je pleurerai sans doute, si j’avais encore un visage.

Que va-t-il advenir de ce lieu ?

Va-t-il s’étendre à d’autre consciences ?

Ai-je survécu en vain ? J’ai presque tout oublié…


L’épais silence entourant la rame a quelque chose de différent à présent… quelque chose de plus serein. Je me traîne lentement vers le bout des rails pour sentir la fin de ceux-ci juste sous mon bras droit. En promenant mes doigts çà et là, j’arrive à comprendre qu’il s’agit ici du dernier arrêt de ce train et que celui-ci ne repartira plus. Me voilà au plus profond de ma coquille spiralée, là où tout commence, à la source.

Le couloir lui-même se termine sur un mur flasque et chaud, presque vivant, comme un prolongement logique de la surface gluante qui forme le sol. Je m’allonge entre celui-ci et la locomotive silencieuse que je devine sur ma gauche.

De là où je suis, j’arrive à percevoir un petit cri provenant de l’autre côté du mur organique. Par réflexe, je tourne ma tête vers celui-ci. Je vois de la lumière !

Je dois vraiment être en phase terminale pour arriver à voir sans yeux.

En même temps, j’ai l’étrange impression d’avoir tourné en rond et de me retrouver à mon point de départ…

En plaquant ma tempe contre la paroi, j’entends des pleurs de bébé qui ont quelque chose de particulier : ils ne sont pas déformés. Je n’entends pas de raclements de gorge desséchée ou de crachats rauques ; non, il s’agit bel et bien d’une vie à part entière.

Derrière ce mur…

Je vais y aller. Je vais l’atteindre.

Je dois gratter cette peau chitineuse qui le recouvre.

Je dois gratter encore et encore.

La lumière s’intensifie.

Plus vite.

Je meurs.

J’entre en scène.




FIN

1 Comments:

Anonymous hardquannone said...

bravo.
serieux tu devrait le faire publier.
Le suspens est très bien géré, on en arrive à ressentir les memes choses que le narrateur.
Tu as beaucoup de talent, on regreterais presque que ça soit fini...
J'ai l'impression que tu as changé de theorie sur l'asile en cours de route, dabord les limbes, ensuite, une partie de l'esprit du gars(enfin, si j'ai bien compris)...

2:15 PM  

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