Séq. XXXXIV
Je dois être à l'embranchement de deux souvenirs. Est-ce un lien spatial ou thématique qui les lie ? J'aimerai bien savoir... si je pouvais rapprocher les deux, je comprendrai peut-être qui étaient les deux silhouettes qui m'ont averti de quelque chose... Tout est si confus. Cela manque de lumière. Comme cet escalier...
Mais quand va-t-il finir ?
...ou suffisait-il de le demander ?

Des rampes d'escalator... pourquoi pas... je n'avais même pas remarqué que les textures environnantes avaient changé. Un escalier roulant en colimaçon... j'avoue que je n'avais jamais vu cela auparavant. Comment peut-il fonctionner ? Les marches sont coincées à chaque changement de direction...
- Amusant, non ? C'est moi qui l'ai construit, il y a bien longtemps. Il ne marche plus, bien entendu. Mais il m'amuse beaucoup.

Etait-il là il y a un instant ?
Un cadavre. Voilà à quoi il ressemble le plus. Un homme en état de décomposition avancée, pourtant toujours debout sur ses deux jambes. Comment a-t-il pu... enfin, la chair ne peut pas s'oxyder... puisqu'elle n'existe pas... Ou peut-être est-ce lui qui s'imagine ainsi...
- Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu de visites. Restez, je vous prie...
- Faites-vous partie de ma mémoire ? Je vous connais ?
- Sans doute pas, oh non oh non. Je suis bien vieux, vous savez... vous m'avez l'air plus jeune. Beaucoup plus jeune... Non, je me cache ici comme ça, pour survivre...
- Où sommes-nous ici ?
- Je n'en sais rien... on m'a enfermé ici il y a de cela un sacré bout de temps. J'avais alors rencontré des tas de gens effrayants... j'ai préféré m'enfuir, vivre en hermite. Mais je m'ennuie ici... dans ma tanière, il n'y a pas grand chose à faire, oh ça non... Alors j'ai commencé à creuser. Des trous. Dans les murs, par-ci par là... et j'ai découvert des tas de mondes merveilleux. Des mondes qui m'étaient inconnus... peuplés de gens curieux, habillés un peu comme vous. Des villes immenses... des fleuves, des lacs, des choses renversantes. Parfois, je vois des mondes beaucoup plus sombres. Ah ça je ne les aime pas. Ils me font peur. Une fois, j'ai bien failli y rester... j'étais dans une immense plaine désséchée, voyez-vous... avec le tonnerre qui grondait... il faisait nuit, pourtant, les éclairs illuminaient le ciel avec une telle force qu'on se serai cru en pleine journée... j'avais perdu le chemin vers mon repaire... La fureur divine qui me poursuivait... ah ça oui j'ai eu peur...
- Oui, je comprends cela. Moi-même, je me suis perdu. Cet escalier mécanique... vous l'avez construit comment ? L'avez-vous emprunté ?
- Je ne saurais pas vous dire. Ma mémoire me joue des tours, héhé. Mais... j'ai déjà du monter une fois ou deux...
- Qu'avez-vous vu là-haut ?
Ses yeux se referment peu à peu... comme s'il essayait de se rappeler. Mon Dieu, quel âge peut-il avoir... un vrai zombie...
Le sourire jusqu'alors fièrement arboré s'efface peu à peu. Son visage se durcit...
- Je me rappelle. Oui, je me rappelle ce que j'ai vu là-haut. J'ai vu ma propre histoire. J'ai vu mon passé... Avant d'arriver ici. Ca m'a glacé le sang... je n'ai jamais eu l'envie d'y retourner.
- Préférez-vous ce sinistre recoin, depuis lequel vous vous insinuez dans le passé et l'imaginaire des autres ?
- Oui... je crois que oui. C'est mon refuge. D'ailleurs, vous le salissez... j'ai apprécié cette conversation mais il est temps pour vous de partir. Laissez-moi seul.
- Seul... dans vos illusions... Vous serez coincés ici tant que vous ne serez pas en accord avec votre histoire... quelle est-elle ?
- Rien... rien n'intéressant. Partez. Prenez le chemin creusé dans l'ombre, sur votre gauche... et ne revenez plus.
Ce type doit avoir beaucoup de choses à se reprocher pour préférer l'asile à la mort... Est-il en train de crever dans un hôpital, sous perfusion ? Ou est-il écroulé inconscient sur son fauteuil, abandonné de tous ? Qu'a-t-il bien pu...

Un bloc du IIIe Reich ! Ce type était...
- Ecoutez... mon passé ne regarde que moi. Allez-y si vous voulez... mais ne revenez pas.
Un frisson me parcourt l'échine. Il veut que j'aille dans son monde...
















































