Séq. LXXXXVII

Ainsi mon image me poursuit même dans mes souvenirs… Comment sortir de ce cercle vicieux ? Si je l’attaque, c’est moi qui souffrirai… si je ne le fais pas, il détruira avec l’asile le peu qu’il me reste de conscience…
- Attends encore un peu pour t’en débarrasser. Cela serait dangereux de le faire ici…
À ma droite est arrivée de nulle part la dame en noir et ses précieux conseils. Seul son visage ressort de l’ombre, faiblement éclairé par l’ampoule qui tient dieu sait comment sur la dernière partie du mur qui n’est pas encore absorbée.
- Pourquoi est-il encore là ? Pourquoi ne bouge-t-il pas ? J’ai vu ce que tu voulais me montrer… j’ai vu la scène du meurtre… Je suis un assassin, pas vrai ? Tu veux me faire payer pour cela ?
- Si tu le tues maintenant, tu ne sauras pas ce qui a fait de toi un monstre. Pour tout te dire… tu es bien pire que cela. Chaque chose en son temps… laisse-le.
- Et pourquoi je le laisserai ? C’est lui, le responsable. Si je le tue maintenant et que je survis, tout ira pour le mieux ! Je pourrais peut-être sortir de l’asile… Je n’ai pas envie d’en savoir plus. Finalement, c’est peut-être mieux que j’aie perdu la mémoire…
- Tu es entré ici parce que tu le méritais. Tu dois regarder certaines réalités en face… et il t’en manque encore beaucoup avant de te considérer comme pardonné.
- Ces réalités, je n’en veux plus. Elles mourront avec lui !
La lame de mon couteau a déchiré le fond de ma poche et brille sous mes doigts. Je retire le manche aussi vite que faire se peut et plonge la pointe métallique dans le creux de son crâne. Celle-ci ressort avec aisance de l’autre côté et vient percuter le mur. Au même instant, je sens quelque chose de froid me transpercer le fond de la gorge. Mes doigts lâchent l’arme et viennent à la rencontre de la base de ma nuque. Le sang coule lentement, puis s’accélère au fur et à mesure que mon cœur réagit à cette soudaine prise de conscience.
- Sombre imbécile ! Crois-tu vraiment t’en débarrasser de cette manière ? Ce Supplicant est à ton image : nuisible et creux… N’espère pas échapper à ton introspection de cette manière… ça sera juste plus douloureux.
C’est moi qui suis par terre à présent, tentant de stopper le fluide qui semble ravi de me fuir. Mes larmes se mélangent à d’autres liquides qui s’échappent de mes narines. Qu’ai-je fait…
Je vois les pieds du Supplicant faire quelques pas de côtés puis toute sa silhouette s'évaporer dans le noir, le couteau sévèrement enfoncé dans la tête.
- Aide-moi… Aide-moi, bon sang…
Pour seul soutien, je reçois un coup de talon dans le crâne qui me fait atterrir tête la première contre la plaque murale qui se fissure sur le coup.














































